I remember Flaubert's lament
that language is a broken inadequate thing,
a toddler's tune played on pots and pans,
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Órfhlaith Foyle
Jennifer Johnston
Tomas O'Crohan




Órfhlaith Foyle                                                                                                  Bélios

I knew very little about William Belios because nothing was known about him beyond a few facts. His wife was dead and buried in Africa. They had three children and after her death he took them back to her family home in Oughterard, Galway, Ireland. There were no books, no interviews. He was non-existent but his photographs remained. Those strange and terrible human faces he caught on lens. Stare at a Belios picture long enough ... stare into its eyes and they stare back. They take you in.

When I was ten, I opened a book belonging to Lily and saw a face by William Belios. A Kikuyu tribesman whose skin hung in slack wrinkles beneath his eyes. I pressed my own face close to his, so close I felt the paper on my eyeballs and I imagined how such skin would feel loose and floppy between my fingers.

The Kikuyu man stared at me. He had white nose hairs and was bald. In the left-hand corner of the photograph his hand grasped a stick. His nails were dark with yellow tinges and the skin between his finger and thumb was dry and cracked. I wanted to feel it; put my own fingers into that dry, sharp skin and I knew if I was there, inside that photograph, I would feel as if I was meant to be part of it.

I had my own photographs. Ones Lily took, scrunching her hips low over the ground so her dress got dirty and she ordered me to look, then to smile and then she would kiss me afterwards, saying how beautiful I was, how I was meant for things, maybe to be a famous doctor and rich. Her skirt would swing against me as I tried to walk beside her and keep up with her fairy-tales.


          Je ne savais pas grand-chose de William Belios parce qu'on ne savait presque rien de lui, à part quelques détails. Sa femme était morte et enterrée en Afrique. Ils avaient eu trois enfants et après sa mort, Belios les avait ramenés dans sa famille à elle à Oughterard, près de Galway. Aucun livre publié, pas d'interviews : il était comme inexistant. Mais ses photos, elles, perduraient. Ces visages étranges et terribles que son objectif avait saisis. Quand on contemple suffisamment longtemps un portrait qu'a fait Belios... On plonge dans ces yeux qui vous rendent votre regard. Ils vous entraînent à l'intérieur.

        Quand j'avais dix ans, j'avais ouvert un livre appartenant à Lily et j'y avais vu une photo prise par Belios. C'était un homme d'une tribu kikuyu dont la peau pendait en plis flasques sous les yeux. J'avais posé mon visage tout près du sien, si près que je sentais mes cils frôler le papier et j'avais imaginé la sensation de cette peau lâche et pendante entre mes doigts.

L'homme kikuyu me regardait. Il avait les poils de nez blancs et était chauve. Dans la partie gauche du portrait, on voyait sa main tenir un bâton. Ses ongles étaient noirs avec des taches jaunes et la peau entre son index et son pouce était sèche et craquelée. Je voulais la toucher, poser mes doigts sur cette peau desséchée et cassante. Je savais que si j'avais pu entrer dans l'image j'aurais eu le sentiment d'en être une partie intégrante.

J'avais aussi des photos de moi. C'est Lily qui les avait prises. Elle s'accroupissait sur le sol en salissant sa robe et m'obligeait à la regarder, puis à sourire et après cela elle m'embrassait en me répétant combien j'étais beau et destiné à de grandes choses, peut-être à devenir un médecin riche et célèbre. Sa robe tournoyait autour de moi qui essayais de la suivre et d'être à la hauteur des rêves qu'elle inventait.




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                                            Jennifer Johnston                                                                Gingerbread woman
   Auteure de roman, Jennifer Johnston est aujourd'hui l'une des plus célèbres écrivains contemporains irlandais. 
   Je la cite ici non parce que j'ai souhaité traduire un de ces textes, mais parce qu'un de ces romans (The Gingerbread Woman) pose un problème de traduction difficile à résoudre. Le narrateur choisit d'écrire le pronom personnel "I" en minuscules.

   "i am digresssing... by the way, you may have noticed that I am having problems with some of the upper-case Is. I'm sorry about this. It has happened to me since my operation and I think has something to do with loss of self-esteem. Please bear with me.
Where was i...? About to tell you how I earn my living. I do odd jobs for newspapers."

   J'ai réfléchi à ce problème sans trouver de solution satisfaisante jusqu'à présent. Une option possible serait de ne pas mettre de majuscules au pronom "je" lorsqu'il se trouve en début de phrase. Mais la perte reste encore considérable.


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Tomás Ó'CriomhthainTomas O'Crohan

Célèbre auteur de l'île Great Blasket au large de la péninsule de Dingle. Les romans de Tomas O'Crohan sont aujourd'hui considérés comme des classiques de la littérature gaëlique.
   The Islandman (L'homme des îles pour la traduction) dépeint avec humour la vie rude des habitants de l'île au XIXe siècle.
Ce livre est pourtant méconnu en France malgré une traduction en 1994.